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Parents gérants d'estrades: ces encouragements nuisibles

Par le 16 octobre 2013 dans WIXXMAG Société par Ariane Desrochers

 

Il y a des cris en provenance des estrades qui ressemblent plus à des directives qu’à des encouragements.  L’intention a beau être bonne, les « Fonce dessus ! » et «Passe au centre ! » lancés par les parents peuvent avoir un impact négatif sur les jeunes sportifs.

 

Sans s’en rendre compte, un papa a déjà poussé sa fille de 12 ans au bord des larmes pendant un match de soccer. Elle était tellement agacée de l’entendre que son entraîneur, François Tardif, lui a proposé de la faire jouer du côté opposé aux estrades. « Le père s’est mis à crier de plus belle! raconte-t-il. J’ai alors laissé le choix à ma joueuse : ou c’est elle qui parlait à son père ou c’est moi qui le faisais. Je ne pouvais pas croire qu’il allait lui enlever le plaisir de jouer. C’est plus important que la performance ! » À l’entraînement suivant, la jeune fille courait comme une gazelle sur le terrain. Elle avait confronté son père, qui s’était mis à pleurer, car jamais il n’avait pensé que ses cris pouvaient la déranger à ce point.

 

« Le sport, c’est un bon lieu pour être impulsif, dans le sens que le jeu se passe vite, l’adrénaline monte, alors cela incite les parents à adopter des comportements moins réfléchis, constate la psychologue Arianne Hébert. Ils perdent de vue que leur objectif principal en amenant leur enfant sur le terrain, c’est qu’il bouge et qu’il s’amuse. » Elle explique que même s’ils sont bien intentionnés, les cris vont parfois causer un stress de performance chez l’enfant. Sans compter qu’en lui disant quoi faire, c’est comme si le parent le jugeait incapable de décider lui-même de la bonne action à poser.

 

Des instructions contradictoires

Le Club de patinage artistique de Montréal précise dans ses règlements qu’« il est interdit pour les parents d’enseigner et de diriger leurs enfants en provenance des estrades ». Malgré cela, l’entraîneuse Mélanye Goldyn en voit constamment interpeller les jeunes patineurs qui s’exercent. « Parfois, ça nuit à l’apprentissage de l’enfant, parce que leurs directives vont à l’encontre de ce que disent les entraîneurs, déplore-t-elle. Alors, ça ruine le saut ou la pirouette. Puis, souvent, on a des enfants qui ont peur de la réaction de leurs parents. Dès qu’ils font un saut, ils regardent dans les estrades pour voir si le parent approuve ou n’approuve pas. » Un des patineurs du club a d’ailleurs réglé son problème de stress en exigeant que sa mère ne vienne jamais à l’aréna.

 

Pistes de solutions

Tantôt les instructions sont contradictoires et tantôt les parents s’époumonent pour rien, car les enfants ne les entendent pas toujours sur la glace, fait remarquer l’arbitre Luc-Richard Poirier, auteur de la conférence Jouer au hockey dans un monde de fous. Ce dernier vient d’ailleurs de dévoiler un dépliant visant à mieux expliquer aux parents les règlements du hockey. « Je me suis aperçu que les gens criaient beaucoup dans les estrades non pas par méchanceté, mais par manque de connaissance », affirme l’arbitre, qui a dû expulser des parents à sept reprises dans sa carrière.

Des expériences sont aussi menées en soccer pour calmer les ardeurs des esprits trop compétitifs. Dans certaines régions du Québec, aucun classement n’est compilé pour les moins de 10 ans. « Il n’y a plus de gagnants ni de marqueurs. On fait juste jouer », décrit François Tardif, entraîneur à Victoriaville, où cette façon de faire pourrait bientôt s’étendre jusqu’à l’âge de 12 ans.

 

Il reste que les encouragements sont encore bienvenus, mais le conférencier Luc-Richard Poirier recommande d’opter pour des commentaires positifs et dépersonnalisés, tels que « Go! On ne lâche pas! »

Réalisation : Mediactive