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Saine alimentation des tout-petits : une responsabilité à partager

Paru dans Québec en Forme, le 16 novembre 2011, section Alimentation

 

Selon un sondage récent, les parents tiennent beaucoup à ce que leur enfant mange sainement et s’attendent à ce que le milieu de garde lui offre une alimentation modèle. Mais le sondage révèle aussi que les parents ont du mal à poursuivre cette responsabilité à la maison…

 

Bien nourrir son enfant est toujours un défi en 2011. C’est ce qui ressort d’un sondage mené auprès d’environ 700 parents, dont 93 % de mères, essentiellement des parents de milieux privilégiés, dans le cadre du projet Offres et pratiques alimentaires revues dans les services de garde du Québec. Dirigé par Marie Marquis, Ph. D., ce projet cherche avant tout à aider les services de garde à améliorer leur offre alimentaire. Mais, pour avoir un portrait plus complet de la situation, il était essentiel de sonder aussi l’attitude des parents.

 

1. Les parents et la saine alimentation 

Les parents se sont dits entièrement d’accord (62 %) et d’accord (28 %) avec les principes de la saine alimentation énoncés par le gouvernement du Québec1. Plus encore, 97,5 % était d’avis que le service de garde doit être un modèle en matière d’offre alimentaire.

« Les parents sont très exigeants à l’égard de l’alimentation offerte en service de garde. Mais ont-ils la même rigueur à la maison? Les habitudes de consommation des enfants nous révèlent que l’alimentation des enfants au Québec est à texture molle, grasse, salée et pauvre en fibres. Ce n’est pas ce que l’on veut trouver en service de garde, mais il semble que c’est ce que l’on retrouve dans les paniers d’épicerie », observe Marie Marquis.

 

2. Le rôle du service de garde en matière d’alimentation, selon les parents

  • 97 % des parents ont affirmé que les services de garde devraient offrir des repas et des collations répondant aux besoins nutritionnels des enfants. « Par ailleurs, on sait qu’une grande partie des enfants ne mangent pas assez de fruits et légumes, de produits laitiers, de fibres. Les parents souhaitent-ils que les services de garde comblent ces apports non couverts à la maison? », poursuit-elle.
  • 94 % des parents ont dit vouloir être informés des comportements alimentaires de leur enfant qui méritent une attention.
  • 85 % des parents souhaitent que les services de garde réalisent des activités éducatives en lien avec la nutrition, qu’ils aident les enfants à développer de bonnes manières à table (64 %) et qu’ils proposent de nouveaux mets ou aliments à leur enfant (54 %).
  • 83 % des mères accordent à l’éducatrice un rôle aussi important que le leur dans l’éducation alimentaire de leur enfant. « Les enfants passent cinq jours au service de garde. Ils y prennent généralement un repas et deux collations. L’éducatrice est alors le substitut de la maman et les mères en sont conscientes », commente Marie Marquis.

 

« Est-ce que mon enfant a bien mangé? »

Les parents s’adressent essentiellement aux éducatrices lorsqu’il est question de l’alimentation de leur enfant. Rarement, ils s’adressent à la direction ou à la cuisinière. « Ce sont pourtant les cuisinières qui voient aux repas. Est-ce en raison des horaires? On peut aussi s’interroger sur la nature des questions et des réponses qui ont cours dans ces échanges entre les parents et les éducatrices », note la chercheuse.

 

3. Responsabilités ou compétences liées à une saine alimentation 

Ces compétences tournent autour de trois pôles :

  • qu’est-ce qu’on mange?
  • quand le mange-t-on?
  • où le mange-t-on?

 

Malheureusement, déplore Marie Marquis, plusieurs parents n’ont pas appris ces compétences. Elle souligne que ces responsabilités sont les mêmes qui incombent à l’éducatrice en service de garde.

 

Qu’est-ce qu’on mange?

« Éducatrices et parents ont, par exemple, la responsabilité de planifier les repas, de s’assurer d’offrir des aliments sains en quantité suffisante et dans une variété intéressante. Ils ont aussi le devoir d’accompagner l’enfant dans sa quête d’autonomie alimentaire, sans le restreindre ou l’obliger à manger. J’ajouterais qu’ils ont la responsabilité de cuisiner, et même de cuisiner devant l’enfant, afin de réduire leur dépendance à l’industrie alimentaire et permettre à l’enfant d’apprendre », résume-t-elle.

 

Quand et où le mange-t-on?

Côté organisation, le parent, comme l’éducatrice, doit imposer une régularité autour des repas et des collations pour donner à l’enfant un cadre de vie. Cela signifie non seulement d’avoir une heure donnée pour les repas, mais aussi de restreindre les autres activités qui entrent en conflit avec la préparation et l’heure des repas. De même, il importe que ces repas se passent de façon harmonieuse, sans conflit, sans télé et à table!

 

Apprendre à l’enfant à devenir responsable de son alimentation?

Selon Marie Marquis, l’un des aspects les plus souvent escamotés lorsque l’on parle de l’alimentation chez les jeunes, c’est la responsabilité qu’ils doivent eux-mêmes acquérir en vieillissant.

Des exemples :

  • respecter l’aliment;
  • respecter le privilège de manger;
  • respecter la personne qui a cuisiné.

 

4. Sujets et thèmes sur lesquels les parents aimeraient recevoir de l’information

  • La très grande majorité (84 %) veut des conseils sur la préparation de repas rapides et sains, des idées de collations nutritives (78,5 %) et savoir comment modifier une recette pour en améliorer la valeur nutritive (70 %). « Ce n’est pas parce que l’on manque d’information. Il y en a juste trop! Les parents sont perdus dans une cacophonie d’information! »
  • 67 % exprime une grande préoccupation à l’égard des portions et 65 % à propos des  comportements alimentaires difficiles des enfants, comme les refus ou les caprices.
  • 60 % veut savoir comment développer le goût chez l’enfant et 55 %, comment imposer des règles et des routines alimentaires.
  • La moitié cherche des trucs pour faire manger plus de fruits et de légumes aux enfants.
  • 41 % des parents souhaiteraient être capables de mieux lire les étiquettes et 38 % d’entre eux aimeraient comprendre le lien, s’il y en a un, entre l’hyperactivité et l’alimentation.
  • Moins du tiers (30 %) souhaite avoir des conseils pour prévenir l’excès de poids chez l’enfant.

 

Selon Marie Marquis, la conclusion qui s’impose est qu’il faudra répéter les messages. Et vraisemblablement, il faudra les simplifier davantage.

 

5. Les sources d’information des parents 

Lorsqu’ils cherchent de l’information concernant l’alimentation de leur jeune enfant, les parents consultent d’abord les écrits, suivis du médecin, et des parents et amis. Concernant l’information qui vient d’autres personnes, « elle n’est pas nécessairement inexacte, mais il se véhicule encore beaucoup de mythes alimentaires. Par exemple, que c’est le fromage qui constipe l’enfant! », prévient Marie Marquis.

 

Voici leurs principales sources d’information : 

  • les livres : 68 %
  • les sites web : 63 %
  • les magazines : 62 %
  • les publications du gouvernement : 52 %
  •  le médecin : 48 %
  • les émissions de télévision : 40 %
  • les amis : 37 %
  • les parents et grands-parents : 36 %
  • les parents d’enfants : 32 %


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1. Quelques principes de La vision de la saine alimentation mis de l’avant par le gouvernement du Québec :

  • Une alimentation saine est constituée d’aliments diversifiés et donne priorité aux aliments de valeur nutritive élevée sur le plan de la fréquence et de la quantité.
  • En plus de leur valeur nutritive, les aliments véhiculent une valeur gastronomique, culturelle ou affective.
  • La saine alimentation se traduit par le concept d’aliments quotidiens, d’occasion et d’exception, de même que par des portions adaptées aux besoins des personnes.
  • Les divers milieux doivent présenter une offre alimentaire en concordance avec leur mission, où la proportion des aliments quotidiens, d’occasion et d’exception pourra varier.
     

Pour en savoir plus

Nos petits mangeurs 

Tout le monde à table 

La présentation de Marie Marquis :

Le cas des services de garde et des responsabilités parentales

Réalisation : Mediactive